Nous sommes en 1950, la Corée est alors divisée en deux à l'instar de l'Allemagne. Le Nord est sous le contrôle de l'URSS et le Sud, des Nations Unies. Il est hors de question, pour chacune des deux superpuissances de céder la Corée. Le 25 juin de la même année, une guerre civile éclate, le Nord envahit le Sud. Immédiatement les Nations Unies réagissent, les troupes américaines tentent tant bien que mal d'intervenir et de contenir l'expansion bloc soviétique. Après une boucherie de trois années comme seul l'être humain est capable de faire, on revient au statu quo de 1950.
En quoi cela concerne une entreprise qui verse dans les machines ludiques ? Et bien, les américains possèdent de nombreuses bases militaires dans le pacifique, près du Japon. Celles-ci retiennent des milliers de soldats et leurs familles dans des baraquements. Un marché juteux pour les pompes à fric mécaniques (distributeurs de boisson, machines à sous, juke-box etc.). C'est en tout cas ce dont est persuadée une entreprise japonaise du nom de Nihon Goraku Bussan. Créée en avril 1951, elle est justement spécialisée dans ce type de machines. En signant en mai un contrat avec avec un entrepreneur américain nommé Marty Bromley, elle obtient l'autorisation d'inonder les bases américaines de ses machines. Jack-pot, Bussan devient en l'espace de quelques mois le numéro deux de la machine à sous au Japon. C'est également à cette époque, que les premiers flippers font leur apparition sur l'archipel.
1954, un ex-militaire américain ayant servit en Corée (de 1949 à 1952), et éprit du Japon, fonde la Rosen Enterprises, Ltd. Ce jeune ambitieux marié à une japonaise, voit dans ce pays un gros potentiel pour le développement des machines à sous (obsession ?). Ses débuts sont alors consacrés à l'import de photomatons dans les bases américaines qu'il distribue sous la marque Nifun Shashin. Ayant de la suite dans les idées, il s'attaque rapidement aux bornes d'arcade. Mais dans les années 50, il ne s'agit évidemment pas de jeux électroniques, mais mécaniques. Son affaire remporte un franc succès, d'autant plus qu'il n'hésite pas à améliorer les machines qu'il importe avant de les installer dans les bases. Devant une telle montée en puissance du petit américain, Bussan, commence à se faire du mouron, et à raison car Rosen ambitionne de conquérir à terme le marché japonais. Mais auparavant, il doit obtenir une licence du gouvernement japonais pour distribuer ses machines sur l'archipel. Chose difficile à obtenir pour un américain en cette période post-Hiroshima.
En 1960, Rosen qui a finalement obtenu sa licence, domine le secteur de l'arcade. Bussan lui domine le marché des juke-box. Cependant, la concurrence est rude (Taito), et force Rosen à s'interdire de se reposer sur ses lauriers. Ainsi quatre ans plus tard, Marty Bromley (Bussan) se joint à Rosen. Une excellente nouvelle pour ce dernier qui dispose désormais d'un parc de machines conséquent et de nombreuses usines de production. Il stoppe alors l'import des machines américaines. L'entreprise va alors revêtir un nom plus explicite : Service Games qui sera par la suite raccourcis en SEGA Enterprises, Ltd. La légende voudrait que les employés, à causes de difficultés de prononciation, avaient prit l'habitude d'abréger la marque en SE-GA. Cette abréviation fut ensuite officialisé, la facilité de prononciation étant un atout marketing. SEGA domine alors le marché en proposant des machines modernes et conviviales. L'entreprise va rapidement démontrer sont savoir faire avec un premier jeu en 1966 : Periscope. Il s'agit d'un simulateur de combats de sous-marins. Le jeu remporte un rapide succès local puis mondial. Déjà SEGA se fait remarquer par une borne osée qui embarque la réplique d'un véritable périscope. Ces bornes toujours plus grosses et toujours plus excentriques deviendrons par la suite la signature du constructeur.
Notez qu'à cette époque les clones sont courants. Il n'est donc pas rare de croiser des jeux identiques chez différents constructeurs.
Au début des années 70, SEGA est alors la plus grosse entreprise de jeux d'arcade hors USA. Outre Periscope, Basketball et Grand National seront les plus gros succès de l'entreprise. Mais les jeux automatiques ne sont pas la seule branche dans laquelle SEGA officie puisqu'on trouve également des bandits manchots ( "fruits" en Grandre Bretagne, "machines à sous" dans le langage courant). Côté flipper il faudra attendre les années 90.
En 1967, une multinationale tentaculaire de type "Vivendi Universal" nommée Gulf & Western propose de racheter SEGA afin de se diversifier. S'en suis trois années de négociations aux bout desquelles SEGA est finalement racheté par la multinationale. David Rosen reste le PDG de SEGA et la firme garde également son nom et son logo. Quand à Marty Bromley, il quitte définitivement le secteur. En 1974 SEGA entre en bourse avec Gulf & Western comme principal actionnaire.
Chapitre 2 : les premiers jeux électroniques